Calm, la première application de méditation aux Etats-Unis, se lance en France

La première journée d’Alexander Will à Paris n’a pas été de tout repos : « Tout était bloqué avec les grèves de taxis et d’ambulanciers », raconte-t-il au téléphone. Le directeur de la stratégie de Calm, la première application de méditation aux Etats-Unis , compte évacuer le stress avec une session collective d’exercices de respiration et de relaxation ce mardi, à l’occasion du lancement de la version française de la plate-forme.

Disponible uniquement en anglais depuis sa création en 2012, la société de San Francisco a accéléré son déploiement international depuis neuf mois. Après des versions en allemand et en espagnol, elle va offrir une grande partie de ses contenus en français. « Nous avons identifié des problèmes similaires en France et aux Etats-Unis : des journées de travail de plus en plus longues, le besoin d’être en permanence sur son téléphone et des nuits trop courtes – un tiers des Français ne dort que 6 heures par nuit », raconte Alexander Will.

Si les débats sur la santé mentale ne sont pas encore aussi fréquents en France qu’aux Etats-Unis, la start-up a estimé que le succès de  Petit Bambou montrait qu’il y avait « une vraie demande ». Le Californien pourrait-il fusionner avec l’entreprise roubaisienne ? « Nous sommes toujours ouverts à regarder les opportunités de rachats, mais nous sommes concentrés sur notre plan actuellement », répond Alexander Will.

Calm estime se démarquer de son concurrent français avec une offre plus diverse, en proposant notamment des histoires à écouter pour s’endormir. Ce format lancé il y a deux ans et demi est une Madeleine de Proust très appréciée des adultes. « 60 % de l’usage de notre application est lié au sommeil », indique Alexander Will, qui évoque également l’offre de musique de l’entreprise, de plus en plus riche avec l’ajout d’un album de Moby exclusivement pour l’application en mars.

Calm a été fondé il y a sept ans par deux entrepreneurs britanniques, Michael Acton Smith, un créateur de jeux pour enfants sur Internet, et Alex Tew, qui a lancé l’une des premières opérations de crowdfunding en ligne en 2005. Au coude-à-coude avec Headspace, une application californienne créée par un ancien moine bouddhiste en 2010, elle a décollé au cours des deux dernières années, aidée par la distinction « app de l’année » attribuée par Apple en 2017.

Mi-mai, elle a annoncé avoir atteint 50 millions de téléchargements, une multiplication par près de deux en un an. Seule une minorité – un peu plus de 1 million de personnes – est abonnée à son offre premium à 69 dollars par an. Mais celle-ci grossit suffisamment pour que le chiffre d’affaires de l’entreprise soit passé de 22 à 80 millions de dollars entre 2017 et 2018. L’entreprise prévoit de dépasser les 150 millions cette année.

Calm bénéficie de  la croissance de la méditation aux Etats-Unis. Selon une étude des Centers for Disease Control and Prevention publiée en novembre, le pourcentage d’adultes la pratiquant est passé de 4 % à 14 % entre 2012 et 2017. Leur nombre devrait dépasser ceux faisant du yoga d’ici à 2021.

Les entreprises qui cherchent à rendre leurs salariés plus productifs sont de plus en plus nombreuses à vouloir offrir des solutions en ligne. Headspace s’est attaqué agressivement à ce marché, avec plus de 300 sociétés partenaires, et Calm a récemment passé des accords avec PwC et Samsung. Des assurances maladies devraient également intégrer Calm à leur offre prochainement.

L’entreprise, qui n’a qu’une petite équipe de 62 personnes et produit la majorité de ses contenus en interne, est déjà rentable depuis plusieurs années. Elle a cependant décidé de lever 88 millions de dollars supplémentaires en février, faisant grimper sa valorisation à 1 milliard de dollars, pour accélérer à l’international et se diversifier afin de devenir le « Nike de l’esprit ».

La société a commencé à lancer trois produits autour du bien-être : un masque de sommeil, une couverture et un spray aux huiles essentielles. Elle affiche aussi des objectifs audacieux dans le tourisme et les services : « Notre ambition réelle, c’est d’acheter une île et de créer Calm Island, le ‘resort’ le plus relaxant au monde », a déclaré Michael Acton Smith au magazine « Fast Company » il y a deux mois. En novembre, la société a investi 3 millions de dollars dans la chaîne XpresSpa, afin d’offrir à ses clients des traitements dans leurs boutiques présentes dans une cinquantaine d’aéroports.

 Correspondante à San Francisco

Les commentaires sont fermés.