Cédric O : « Faire de la Tech un outil européen de reconquête, de souveraineté et d’émancipation »

Je ressens un sentiment d’urgence face à cette élection. Par ce qu’un entrepreneur est d’abord préoccupé par le quotidien de son entreprise, l’écosystème tech pourrait être tenté de se désintéresser du sujet. Or, il y a peu de secteurs pour lequel l’élection européenne est aussi importante. La possibilité d’une victoire des nationalistes au sein du Parlement européen est une menace extrêmement forte, notamment pour le marché unique et la régulation du secteur. La grande différence entre
la Chine
, les Etats-Unis et nous, c’est la taille du marché : si nous n’arrivons pas à préserver et intégrer plus encore le marché européen, nous n’arriverons pas à créer les champions technologiques dont dépendent nos emplois et notre souveraineté. Ne pas voter ou voter pour le Rassemblement national revient, à long terme, à voter pour le chômage !

Il y a, d’abord, l’investissement et la recherche. Nous devons donner à nos entreprises les moyens de croître et de se battre avec les mêmes armes que leurs concurrents américains et chinois. Les acteurs comme SpaceX aux Etats-Unis sont fortement soutenus par leur gouvernement. Nous devons pouvoir faire de même en Europe. Le financement doit également se penser au niveau européen, afin de permettre des levées importantes, éventuellement pour permettre la consolidation des acteurs européens entre eux et faire émerger des licornes capables de rivaliser avec leurs concurrents chinois ou américains. 
Doctolib est un bon exemple
. Enfin, il faut aller plus loin dans l’intégration du marché unique. Le projet européen a besoin d’experts et d’une parfaite exécution, ce que comprennent très bien les entrepreneurs de la tech !

Oui. Encore faut-il qu’elle s’en donne les moyens, dans l’innovation mais aussi dans la capacité à protéger ses acteurs. Je pense à la politique anti-monopoles mais également aux questions posées par certains géants asiatiques : pouvons-nous accepter que des acteurs dont la domination économique est assise sur une utilisation de la technologie contraire aux valeurs européennes – par exemple en matière de reconnaissance faciale – puissent venir concurrencer librement les entreprises européennes ? La politique européenne d’innovation va de pair avec sa politique de concurrence, de protection des données, de justes échanges commerciaux. Lorsque l’Europe est unie, comme sur le règlement général sur la protection des données (RGPD), elle sait imposer ses valeurs aux entreprises chinoises ou américaines.

Sans prendre parti sur le fond, je pense que Google n’avait pas d’autre choix. Lorsque les Etats-Unis prennent la décision de l’affrontement économique avec la Chine, ils savent l’imposer. Cela leur est rendu possible grâce à la taille de leur marché, dont Google ne peut prendre le risque de se couper, quitte à se fâcher avec l’un de ses plus gros clients. Clairement, nous devons pouvoir afficher la même unité à l’échelle du continent si nous voulons peser. Il faut arrêter de vivre la tech comme un outil de la domination américaine et chinoise, mais en faire un outil européen de reconquête, de souveraineté et d’émancipation. La défense de nos valeurs passe par l’émergence de champions technologiques européens.

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