Corruption : le leader de l’intelligence économique lance le premier audit « souverain »

L’ADIT, le leader de l’intelligence économique affilié à l’Etat français, lance une offre « souveraine » pour les entreprises françaises dans les enquêtes pour corruption . Actif depuis un an dans la recherche de preuves juridiques et financières, le groupe dirigé par Philippe Caduc vient de créer une joint-venture avec Bruno Delamotte, le fondateur de la société de sûreté Risk & Co.

Ensemble, ils lancent ADN (ADIT Digital Network) pour offrir des services d’investigation numérique (recherche de preuves sur courriels, serveurs et mobiles), la branche dite du « forensic » en plein développement. Cette initiative intervient alors que Weinberg Capital, qui détient 66 % d’ADIT aux cotés de bpifrance (33 %) et de l’Etat (via une action de préférence), cherche à céder ses parts à un acteur français.

« Avec la loi Sapin et , industriels et pouvoirs publics sont très vigilants sur la nature des données transmises sur accord du Parquet national financier. Les données doivent donc être protégées dès l’extraction et celle-ci doit obéir à des règles claires et auditables comparables à celles des procédures pénales », explique le président d’ADN, la nouvelle co-entreprise.

Gage supplémentaire, son personnel, issu pour partie de l’administration policière ou de la gendarmerie sera habilité secret défense et familier des procédures judiciaires. Des premiers tests grandeur nature sont déjà menés avec des entreprises du SBF 120 en prévision du lancement d’une offre en juin.

L’annonce d’ADN n’est pas une bonne nouvelle pour les firmes de « forensic » américaines qui dominent le marché. Avec les enquêtes du Département de la Justice américain et les nouvelles exigences françaises, les demandes d’enquête des directions conformité des entreprises françaises sont certes allées croissantes.

Et FTI, FRA, Kroll et « les big four » de l’audit (EY, PwC…) ont élargi leur terrain de jeu dans un marché français plutôt « attractif » – la France se plaçant au 21e rang derrière le Japon et devant les Etats-Unis au classement mondial de perception de la corruption de Transparency International.

Les anglo-saxons critiques

Mais les 18 milliards de dollars d’amendes infligées par les autorités judiciaires américaines à des groupes européens ont exacerbé les craintes de fuites de données stratégiques, via notamment ces cabinets de « forensic », à des Etats étrangers. Pour y remédier, l’Etat a engagé une réforme de la loi de blocage.

Au sein des cabinets anglo-saxons, on est assez loin de partager les arguments d’ADN. « Un cabinet de ‘forensic’ français n’a pas le monopole du souverain, estime Stéphanie Lhomme , spécialisée sur ces enjeux chez FTI, et qui a collaboré avec Bercy sur ces questions. Dans notre ligne métier, nous avons insisté pour que les preuves de corruption ou de fraude extraites au profit des entreprises restent en France, sur des serveurs spécialement dédiés. »

Par ailleurs, souligne t-elle, les données des entreprises exposées à l’international sont rarement uniquement situées sur le territoire. Cela suppose des équipes dans de nombreuses géographies. « Et pour négocier face à la justice américaine, un prestataire anglo-saxon qui connaît les codes peut s’avérer plus efficace. » La concurrence s’annonce intense.

À noter

Le « forensic » à la française suscite l’intérêt d’autres acteurs. Deveryware, l’expert en géolocalisation qui collabore pour l’Intérieur et la Justice, vient d’acquérir Tracip, un laboratoire d’extraction de données numériques proche de la gendarmerie.

Les commentaires sont fermés.