Pivot du B to C au B to B : Kannelle succède à Allvibes dans la vidéo

Conquérir des milliers d’utilisateurs, c’est bien. Les garder, c’est mieux. Allvibes, projet vidéo B to C qui ambitionnait de devenir le « TripAdvisor en vidéo », n’a pu que constater l’évidence. Malgré l’intérêt que suscitait l’appli lancée fin 2016, les consommateurs ne renouvelaient pas, ou peu, l’expérience d’enregistrer et de partager leur avis en images. Pourquoi ? La team des quatre cofondateurs d’Allvibes (Carole Danancher, Quentin Roquigny, Kevin Bijoux et Sofiane Daddou) s’est alors mise autour de la table pour une vaste session d’autocritique constructive et de brainstorming. « La faiblesse de notre produit, c’était la piètre qualité des vidéos produites par les utilisateurs, raconte
Carole Danancher, la présidente d’Allvibes
. Nous avons passé deux jours à regarder des films, des clips sur YouTube et des stories sur Instagram pour identifier ce qui rend une vidéo engageante. »

Durée des plans-séquences, storyboard, stabilité de l’image, mots clefs… L’équipe liste toutes les fonctionnalités à ajouter à son appli pour aider ses utilisateurs à produire du contenu de qualité. « Nous avons conçu Allvibes pour faire des vidéos dans des restaurants. Mais plus on a travaillé sur ce produit, plus on a réalisé qu’il pourrait être une solution accessible à tous, un formidable outil pour tout type de situation. »

Et si l’application intéressait les entreprises ? Un changement de business model se profile. « En B to C, ce type de produit est gratuit ou peu cher. Il intéresse peu les investisseurs », note Carole Danancher. En B to B, en revanche, le service serait monétisable. Pour tester le marché, l’entrepreneuse lance une prospection via LinkedIn. « Je suis entrée en contact avec 30 entreprises de toutes tailles pour sonder leurs besoins par département et voir le prix qu’elles seraient prêtes à payer. » Avec un argument de poids : la probabilité d’arriver sur la première page des résultats de Google est 53 fois plus élevée en cas d’utilisation d’une vidéo, selon iSwissWeb en 2018.

Les entreprises ont bien conscience de l’enjeu. « Elles m’ont dit que recourir aux services d’un prestataire externe est cher et l’organisation du tournage compliquée, surtout pour la production d’un grand nombre de vidéos », souligne l’entrepreneuse. Internaliser serait donc un gain considérable d’économies. Avec un outil simple, chaque collaborateur, des ressources humaines à la communication, en passant par le marketing et le commercial, pourrait générer du contenu charté en 15 minutes depuis son smartphone.

La start-up décide alors d’opérer un pivot. En mars 2018, Allvibes devient Kannelle. La V1 de l’appli sort trois mois plus tard. Et une semaine après, la start-up signe son premier contrat B to B. Aujourd’hui, Kannelle compte parmi sa vingtaine de clients Engie, Accor, la SNCF ou encore l’Edhec. « Pour l’instant, nous nous concentrons sur les grands comptes. Nous lancerons ultérieurement une version spécialisée avec un pricing différent pour les petites entreprises, probablement l’année prochaine », poursuit Carole Danancher.

Les cofondateurs qui avaient mis leurs économies dans Allvibes et réalisé une petite levée de fonds en « love money », ont décroché le Graal avec Kannelle en réalisant un premier tour de table. Début avril 2019,
la start-up a levé 600.000 euros
auprès de business angels et de bpifrance. Ces fonds lui ont permis de renforcer son équipe avec 6 développeurs et commerciaux. Kannelle procédera à des recrutements tech supplémentaires dans les mois à venir pour renforcer sa technologie et mener des projets de R&D sur l’intelligence vidéo. Au final, les 4 cofondateurs se retrouvent à piloter un projet bien plus ambitieux qu’ils ne l’anticipaient.

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