Travailleurs des plates-formes : une protection sociale encore au rabais

Offrir  une meilleure protection sociale aux travailleurs des plates-formes . C’est la clef pour pérenniser les nouvelles formes d’emploi sans menacer la sécurité individuelle de certains et la cohésion de la société. Uber, Deliveroo et consorts y ont également intérêt, pour affermir leur modèle économique face aux juges, assure François Hurel, le président de l’Union des autoentrepreneurs : « La revendication de tous ces travailleurs, c’est d’être protégés en cas de perte subie d’activité, accidents du travail, maladie-maternité, chômage. C’est de là que viennent toutes les demandes de requalification de contrat de travail », explique-t-il.

Ces protections laissent à désirer chez les indépendants, à plus forte raison pour des livreurs à vélo et des chauffeurs, qui gagnent peu et n’ont pas de patrimoine personnel. L’indemnité chômage de 800 euros promise aux indépendants est un simple « amortisseur social », selon François Hurel. « Les autoentrepreneurs n’ont pas envie de se mettre en liquidation judiciaire et d’être fichés à la Banque de France », critique-t-il aussi.

La loi El Khomri de 2016 a certes facilité la mise en place d’assurances contre les accidents du travail, financées en partie par la Sécurité sociale et par les contrats des plates-formes. « Mais les couvertures sont faibles, voire insuffisantes en cas d’invalidité », explique Hind Elidrissi, fondatrice de Wemind, une start-up qui propose aux travailleurs « free lance » des offres d’assurance collective. Toucher 1.000 euros d’indemnités journalières maladie n’est pas la panacée quand on est alité plusieurs mois. Encore moins une pension d’invalidité de 50.000 euros, quand on ne pourra plus retravailler le restant de sa vie.

Cesser d’« affamer » les travailleurs

Contre ces risques réels et immédiats, le projet de loi d’orientation des mobilités n’offre pas de solution. Mais il esquisse une méthode : partir des employeurs, les plates-formes , pour organiser la protection des travailleurs, via une « charte » assortie de droits. C’est justement ce qui inquiète Hind Elidrissi : « Il faut que la protection sociale soit à la main des indépendants, sinon, les couvertures seront insuffisantes, et les bénéficiaires ne pourront pas choisir leur niveau de protection », estime-t-elle.

En suivant la même logique, François Hurel considère que la loi devrait obliger les travailleurs à s’assurer contre les accidents du travail pour obtenir des commandes des plates-formes : « Qu’elles cessent de les affamer avec des courses à 7,50 euros, et qu’elles leur donnent les moyens de se protéger », réclame-t-il.

De son côté, la CFDT espère l’ouverture d’un dialogue social en bonne et due forme. Elle prône plus de mutualisation entre indépendants, et l’augmentation de leurs cotisations sociales – donc de meilleures rémunérations.

Le risque des retraites

Autre problème : dans vingt ou trente ans, quand ils partiront à la retraite, les autoentrepreneurs risquent d’être nombreux à dépendre de la solidarité. Dans cette population, les plus petits salaires ne valident que deux trimestres de retraite par an, contre quatre trimestres pour les salariés. En 2016, les autres indépendants ont obtenu un troisième trimestre, grâce à un coup de pouce gouvernemental. Le passage à un système en points est peut-être une opportunité pour majorer les pensions. Le haut-commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye, qui doit dévoiler ses propositions en juillet, est très attendu sur ce point.

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